Partie I · Le bois et l’atelier
1Chapitre
Comprendre le bois
Le bois n’est pas un plastique en planches. Il a un sens, il a une histoire, et il bouge toute sa vie. Avant de le couper, apprends à le lire.
Un morceau de bois, c’est un paquet de fibres collées entre elles, comme une botte de pailles serrées. Presque tout ce que tu feras à l’atelier découle de cette image : le bois est solide dans le sens des pailles, fragile en travers ; il boit la colle par le bout des pailles ; et quand l’air est humide, les pailles gonflent… en largeur, pas en longueur.
Ce chapitre te donne le vocabulaire et les quelques notions qui évitent les erreurs de débutant : une pièce qui fend au vissage, un plateau qui se creuse, un assemblage qui lâche.
Le fil du bois
Le filfil — Sens des fibres du bois, c’est-à-dire le sens de la longueur du tronc. Glossaire →, c’est la direction des fibres, autrement dit le sens de la longueur du tronc. Sur une planche du commerce, il suit presque toujours la longueur. On parle de bois de fil pour une surface où les fibres sont couchées, et de bois de bout pour la surface qui montre leurs extrémités.
Une planche a trois sortes de faces, et chacune a son nom :
- la face : les deux grandes surfaces ;
- le chant : les deux surfaces étroites, sur la longueur ;
- le bout : les deux extrémités, en bois de boutbois de bout — Face qui montre les extrémités des fibres, comme les bouts d’une botte de pailles. Elle boit la colle et tient mal les vis. Glossaire →.
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Ce vocabulaire a des conséquences très concrètes :
- La colle tient sur le bois de fil, pas sur le bois de bout. Le bout des fibres aspire la colle comme une paille et il ne reste rien dans le joint. Un assemblage où seuls deux bouts sont collés ne tient pas.
- Une vis tient mal dans le bois de bout. Elle se glisse entre les fibres au lieu de les traverser. Il faut des vis plus longues, et compter sur d’autres surfaces collées.
- Le bois se fend dans le sens du fil. Une vis trop près d’un bout, un clou trop gros : la pièce éclate en suivant les fibres.
Cernes, cœur et aubier
Chaque année, l’arbre fabrique une nouvelle couche de bois sous son écorce : c’est un cernecerne — Anneau de croissance annuel visible sur le bois de bout : une couche claire (printemps) et une couche foncée (été). Glossaire →. Au printemps, il pousse vite et le bois est clair et tendre. En été, il pousse lentement et le bois est plus foncé et plus dense. Sur le bois de bout, ces couches dessinent les anneaux que tout le monde connaît.
Au centre se trouve la moelle, l’axe de l’arbre. Autour, le cœurcœur — Partie centrale du tronc, plus foncée chez beaucoup d’essences ; le cœur de l’arbre (la moelle) est son axe. Glossaire → (le bois ancien, souvent plus foncé et plus durable chez le chêne ou le douglas), puis l’aubieraubier — Partie extérieure du tronc, sous l’écorce, plus claire et plus tendre que le cœur. Moins durable, il est souvent évité en menuiserie. Glossaire →, la partie vivante et plus claire sous l’écorce. Chez le pin, la différence de couleur est faible ; chez le chêne, l’aubier est franchement plus pâle et on l’écarte des beaux meubles.
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Sur dosse ou sur quartier
La façon dont la planche a été sciée dans la bille change son aspect et son comportement.
Une planche sur dossedosse — Planche sciée tangentiellement aux cernes : beau dessin en flammes, mais elle bouge (tuile) davantage. Glossaire → est sciée à plat, loin du cœur : ses cernes sont couchés, en arcs. Sur sa face, les cernes coupés en biais dessinent des « cathédrales ». C’est la planche la plus courante et la moins chère, mais aussi celle qui se déforme le plus.
Une planche sur quartierquartier — Planche sciée perpendiculairement aux cernes : très stable, elle bouge peu. Glossaire → est sciée en suivant un rayon de la bille : ses cernes sont presque perpendiculaires à la face. Le fil paraît droit et régulier. Elle est beaucoup plus stable, mais on en tire peu d’une bille : elle coûte plus cher.
Pour savoir ce que tu as entre les mains, regarde simplement le bout de la planche : des arcs couchés, c’est de la dosse ; des lignes presque droites et debout, c’est du quartier.
Le bois bouge
Le bois échange en permanence de l’humidité avec l’air. Quand l’air est humide, il gonfle ; quand il est sec, il se rétracte : c’est le retraitretrait — Diminution des dimensions du bois quand il sèche. Il se fait surtout en largeur, presque pas en longueur. Glossaire →. Ce mouvement ne se fait pas pareil dans toutes les directions :
- en longueur, dans le fil : presque rien, à peine visible ;
- en épaisseur et en largeur : beaucoup plus, et environ deux fois plus le long des cernes qu’en travers.
Une planche de pin de 200 mm de large peut ainsi varier de 1 à 3 mm entre l’hiver chauffé et un été humide. Ce n’est pas un défaut, c’est la nature du matériau. Mais il faut le prévoir.
Parce que le bois se rétracte davantage le long des cernes qu’en travers, les cernes d’une planche sur dosse cherchent à se redresser : la planche a tendance à se creuser en séchant, comme une tuile : c’est le tuilagetuilage — Déformation d’une planche qui se creuse en largeur, comme une tuile, en séchant. Glossaire →. Le côté tourné vers l’écorce devient creux, le côté tourné vers le cœur devient bombé. La planche sur quartier, elle, reste plate.
Pour un meuble d’intérieur, on vise un bois à 8–12 % d’humidité. Le bois vendu « séché » en grande surface est dans cette zone ou presque ; c’est surtout le bois brut de scierie qu’il faut laisser sécher longtemps.
Résineux, feuillus et panneaux
Pour débuter, trois familles de matériaux suffisent.
| Matériau | Atouts | Limites |
|---|---|---|
| Résineux : pin, sapin, épicéa, douglas | Bon marché, léger, tendre, se travaille facilement | Se marque facilement, nœuds, peut contenir de la résine |
| Feuillus : chêne, hêtre, frêne | Dur, résistant, beau | Plus cher, plus dur pour les outils et pour toi |
| Panneaux : contreplaqué, lamellé-collé, MDF | Grandes largeurs, stables, prêts à l’emploi | Chants à cacher ou à soigner (sauf lamellé-collé) |
Le lamellé-collélamellé-collé — Panneau ou poutre fait de lamelles de bois massif collées côte à côte : stable et disponible en grandes largeurs. Glossaire → mérite une mention spéciale : ce sont des lamelles de bois massif collées côte à côte, vendues en panneaux de 18 mm, de 20 à 60 cm de large. Elles sont stables (chaque lamelle bouge dans un sens différent de sa voisine), on les trouve partout, et elles évitent d’avoir à coller soi-même des planches pour obtenir de la largeur. C’est le matériau idéal pour tes premiers projets, et c’est celui de la caisse à outils.
Le contreplaquécontreplaqué — Panneau fait de feuilles de bois collées en croisant le sens du fil à chaque pli : stable et résistant dans les deux directions. Glossaire → est fait de fines feuilles collées en croisant le fil d’une couche à l’autre. Il bouge très peu et résiste dans les deux directions : parfait pour des fonds, des dos de meubles, des gabarits.
Le MDFMDF — Panneau de fibres de bois agglomérées, très lisse et sans fil. Sa poussière est particulièrement fine et nocive. Glossaire → est une pâte de fibres pressée, sans fil du tout. Très lisse, il se peint bien, mais il n’aime ni l’eau ni les vis dans ses chants, et sa poussière est particulièrement fine.
Choisir ses planches au magasin
Prends le temps de trier : c’est gratuit, et ça t’évitera de te battre avec une pièce tordue.
- Vise le long du chant, la planche à hauteur d’œil, comme on vise avec un fusil : le chant doit être droit, la face ne doit pas se vriller.
- Regarde les nœuds. Les petits nœuds sains, bien adhérents, ne posent pas de problème. Évite les nœuds noirs entourés d’un cerne sombre : ils finissent par tomber. Et évite les nœuds aux endroits où tu feras un assemblage ou une vis.
- Regarde les bouts : pas de fentes (des fissures qui partent du bout dans le sens du fil).
- Prends dans le même lot pour avoir la même teinte.