Partie III · Assemblages
10Chapitre
Les tourillons
Des chevilles de hêtre collées dans deux perçages qui se font face : l’assemblage invisible des bâtis, tabourets, tables et caissons. Tout se joue sur la précision des perçages.
Pour assembler une traverse au flanc d’un pied, la feuillure ne convient pas, et une vis plantée dans le bois de bout de la traverse tient mal. La solution classique, c’est le tourillon
tourillon — Cheville cylindrique en bois (souvent en hêtre). Gros tourillon : barre ronde servant par exemple de poignée. Glossaire → : une cheville de hêtre collée à moitié dans chaque pièce, dans deux perçages qui se font face. De l’extérieur on ne voit rien, et l’assemblage est solide parce que la colle travaille sur toute la surface des chevilles.
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Choisir ses tourillons
Tourillons, marqueurs et bague de butéeLes tourillons de hêtre sont les chevilles de l’assemblage ; les marqueurs reportent un perçage d’une pièce sur l’autre ; la bague de butée arrête la mèche à la bonne profondeur.
Gabarit à tourillonnerGuide la mèche bien droite et à la bonne distance de la face, pour que les perçages de deux pièces tombent exactement en face.- Le diamètre : environ la moitié de l’épaisseur de la pièce la plus mince, et jamais plus. Pour du bois de 18 mm, c’est Ø 8.
- La longueur : autant dans chaque pièce. Un tourillon de 40 mm entre de 20 mm de chaque côté.
- La profondeur des perçages : 2 mm de plus que la moitié du tourillon, soit 22 mm. Ce jeu au fond loge l’excédent de colle et l’air.
- Le nombre : au moins deux par assemblage. Un seul laisserait la traverse pivoter autour de lui.
Prends des tourillons cannelés : leurs rainures laissent s’échapper l’air et la colle en trop. Un tourillon lisse, dans un perçage plein de colle, fait piston : le joint refuse de fermer.
Tout se joue à 1 mm près
Les deux perçages doivent tomber exactement en face. Un millimètre d’écart, et les deux pièces ne sont plus alignées : une marche sur le joint, ou un tourillon qu’il faut forcer. D’où trois règles :
- une face de référence par pièce, toujours la même (en général la face extérieure, celle qu’on voit), à partir de laquelle on règle tout ;
- un gabarit pour percer droit et à la bonne distance de cette face ;
- des marqueurs pour reporter les perçages d’une pièce sur l’autre, plutôt que de les mesurer deux fois.
Pas à pas
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1Repérer les pièces : face de référence, numéro de l’assemblage
Présente les pièces à leur place et choisis la face de référence de chacune : la face extérieure. Marque-la (« ext. » ou une croix), et numérote l’assemblage sur les deux pièces, au même endroit. Sur un meuble entier, chaque assemblage a son numéro : on ne mélange plus rien.
2Percer le bout de la traverse au gabarit, bague de butée réglée à 22 mm
Commence par le bout de la traverse. Trace au crayon et à l’équerre la hauteur de chaque perçage, puis serre le gabarit sur le bout, canon de 8 aligné sur le trait. Un gabarit à centrage automatique place le canon au milieu de l’épaisseur, ce qui est exactement ce qu’on veut ici.
Règle la bague de butée sur le foret : il doit dépasser de 22 mm sous le canon. Perce à pleine vitesse, en remontant une fois pour dégager les copeaux, jusqu’à ce que la bague touche le gabarit.
3Marqueurs dans les perçages : presser la traverse contre le pied
Glisse un marqueur
marqueur de tourillon — Petit embout métallique à pointe, glissé dans un perçage, qui marque sa position exacte sur la pièce qu’on presse contre lui. Glossaire → dans chaque perçage de la traverse, pointe vers l’extérieur. Présente la traverse contre le pied, exactement à sa place : dessus affleurant, et bonne distance par rapport à la face extérieure du pied. Presse d’un coup franc, puis retire la traverse : les pointes ont marqué le centre des perçages à faire dans le pied.Pour placer la traverse en retrait de la face du pied, couche le pied sur l’établi, face extérieure en dessous, et glisse sous la traverse une cale de l’épaisseur du retrait.
4Percer le pied sur les marques, même profondeur
Perce le pied sur chaque marque, bien perpendiculairement, à la même profondeur de 22 mm. Le gabarit fait le travail s’il se règle à distance de la face de référence ; sinon, un bloc-guide (une chute percée d’équerre à Ø 8) serré sur la marque fait aussi bien.
5Vu en coupe : 20 mm de tourillon de chaque côté, 2 mm de jeu au fond
Vu en coupe : le tourillon de 40 mm entre de 20 mm dans chaque pièce, et il reste 2 mm de vide au fond de chaque perçage pour la colle en trop. Les deux perçages sont dans le prolongement l’un de l’autre : c’est tout le secret.
6Encoller les perçages, assembler, serrer
Fais d’abord un montage à blanc. Puis encolle : un bâtonnet ou un petit pinceau pour mettre de la colle sur les parois des perçages (pas une flaque au fond), un peu sur les tourillons et sur le bout de la traverse. Enfonce les tourillons dans le pied, emboîte la traverse et serre jusqu’à ce que le joint soit fermé, sans jour.
Le montage à blanc
Des tourillons secs entrent juste, parfois en forçant un peu. Pour le montage à blanc, enfonce-les à fond dans une seule pièce et présente l’autre ; pour démonter, tire bien dans l’axe, en tournant légèrement. Un tourillon qui reste coincé se retire à la pince, en protégeant le bois avec un chiffon.
Si un assemblage refuse de fermer, c’est presque toujours un perçage trop court (bague mal réglée) ou décalé. Approfondis le perçage trop court ; pour un perçage décalé, voir ci-dessous.
Rattraper un perçage décalé
Ne force pas, et n’ovalise pas le trou au foret pour « rattraper » : le tourillon y flotterait. Colle un tourillon dans le mauvais perçage, laisse sécher, arase-le à la scie et au ciseau, puis reperce au bon endroit. C’est invisible une fois l’assemblage fermé.



marqueur de tourillon — Petit embout métallique à pointe, glissé dans un perçage, qui marque sa position exacte sur la pièce qu’on presse contre lui.