Partie I · Le bois et l’atelier
2Chapitre
Choisir et acheter son bois
Où acheter, quoi demander, comment trier les planches et compter juste. Et une fois à l’atelier, comment ranger le bois pour qu’il reste droit.
Les projets de ce manuel utilisent du bois qu’on trouve partout : du pin raboté, du lamellé-collé, un peu de contreplaqué. Rien d’exotique. Mais dans un même rayon, deux planches au même prix peuvent n’avoir rien à voir : l’une est droite et saine, l’autre vrille, se fend ou porte un nœud prêt à tomber. Ce chapitre t’apprend à les reconnaître, à acheter la bonne quantité, et à ranger ton bois pour qu’il reste droit.
Où acheter
- La grande surface de bricolage. Le plus simple pour commencer : pin raboté, tasseaux, lamellé-collé et contreplaqué sont en rayon, vendus à la pièce. La qualité varie d’un arrivage à l’autre, d’où l’importance de trier. La plupart découpent les panneaux à la demande : pratique pour les transporter, mais demande quelques millimètres de plus et recoupe chez toi, car ces coupes sont rarement précises au millimètre ni parfaitement d’équerre.
- Le négociant en bois (marchand de bois, négoce de matériaux) : plus de sections, de longueurs et d’essences, et des prix souvent meilleurs dès qu’on achète un peu de volume. La plupart vendent aussi aux particuliers, et certains rabotent ou débitent à la demande.
- La scierie : le bois le moins cher, mais brut et souvent pas sec. Il faut le laisser sécher des mois puis le raboter, avec des machines que ce manuel n’utilise pas. Pour plus tard.
- La récupération : palettes, vieux meubles, chutes de chantier. Gratuit, mais plus de travail : des clous et des vis cachés qui abîment les lames, du bois sale ou traité. Sur une palette, cherche le tampon : HT (traitée par la chaleur) convient ; écarte celles marquées MB (traitées au bromure de méthyle, un pesticide), et celles qui sont tachées ou d’origine inconnue.
Ce que tu trouveras en rayon
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Le bois massif se vend par section (épaisseur × largeur, en mm) et par longueur, le plus souvent de 2,00 à 3,00 m :
- les tasseaux
tasseau — Baguette de bois de petite section, carrée ou rectangulaire, de 20 à 45 mm de côté environ. Glossaire →, de petite section, de 20 à 45 mm de côté environ : cadres légers, taquets, butées, baguettes ; - les chevrons
chevron — Pièce de bois de section carrée ou presque, de 50 à 80 mm de côté (63 × 75, 70 × 70…), faite à l’origine pour les charpentes. Glossaire →, de 50 à 80 mm de côté (63 × 75, 70 × 70…) : pieds et structures, comme ceux de l’établi ; - les planches, de 18 à 27 mm d’épaisseur et de 95 à 200 mm de large environ ;
- le bois de construction (ossature, charpente), en sections de 45 × 95 ou 45 × 145, souvent en épicéa ou en sapin : bon marché, mais vendu plus humide et moins bien fini. Laisse-le sécher plusieurs semaines avant d’en faire un meuble.
Les panneaux, eux, se vendent à la plaque ou au mètre carré : le lamellé-collé en 18 mm surtout, de 20 à 60 cm de large et jusqu’à 2,50 m de long ; le contreplaqué et le MDF en grandes plaques (souvent 250 × 122 cm), en demi-plaques ou découpés. Le chapitre précédent explique ce qui les distingue.
Raboté ou brut
Le bois raboté
raboté — Se dit du bois passé à la raboteuse sur ses quatre faces : lisse, d’équerre, aux cotes régulières, un peu plus mince que le bois brut. Glossaire → (on lit souvent « raboté 4 faces ») est passé à la raboteuse : il est lisse, d’équerre, aux cotes régulières. Le bois brut de sciage est rugueux, un peu plus gros, moins cher, et ses cotes varient d’un bout à l’autre. Pour travailler sans dégauchisseuse ni raboteuse, comme dans ce manuel, prends du raboté.
Les cotes affichées sont parfois arrondies, ou ce sont celles d’avant le rabotage : un « 27 × 145 » peut faire 26 × 144. Mesure toujours au mètre avant de calculer une entaille ou un perçage.
Ce que dit l’étiquette
- PEFC ou FSC : le bois vient d’une forêt gérée durablement.
- Traité autoclave, classe 3 ou classe 4 : le bois est imprégné d’un produit de préservation pour l’extérieur ; il est souvent verdâtre ou brun. Pour un meuble d’intérieur, évite-le. Si tu en travailles, porte le masque, et ne brûle jamais les chutes.
- L’humidité, quand elle est indiquée : pour l’intérieur, on vise 8 à 12 %. Un petit humidimètre à pointes, peu coûteux, permet de la vérifier.
Trier les planches
Le bois bouge en séchant, et chaque planche garde la trace de l’arbre d’où elle vient. Voici les défauts à repérer en rayon, du plus anodin au plus gênant. Les déformations sont exagérées sur le schéma pour être visibles ; en vrai, elles font quelques millimètres.
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1Flèche de face : la planche se cintre sur sa longueur (exagéré)
La flèche
flèche — Courbure d’une planche sur sa longueur : de face, elle se cintre comme un arc ; de rive, c’est son chant qui n’est plus droit. Glossaire → de face : la planche se cintre sur sa longueur, comme un arc. Posée à plat, elle ne touche qu’aux deux bouts.Légère, elle n’est pas grave : la courbure se répartit sur toute la longueur, et les pièces courtes qu’on y coupe sont presque droites. Une pièce longue se redresse souvent une fois vissée ou assemblée. Écarte seulement les planches franchement cintrées.
2Flèche de rive : le chant n’est plus droit (exagéré)
La flèche de rive : c’est le chant qui n’est plus droit. Pour la voir, vise le long du chant, la planche à hauteur d’œil, comme on vise avec un fusil ; au magasin, le chant d’une planche bien droite sert de règle.
Elle gêne davantage : la scie plongeante suit son rail, mais les mesures, elles, partent d’une rive que tu crois droite. Garde une planche voilée de rive pour des pièces courtes, ou laisse-la.
3Tuilage : la planche se creuse en largeur (exagéré)
Le tuilage
tuilage — Déformation d’une planche qui se creuse en largeur, comme une tuile, en séchant. Glossaire → : la planche se creuse en largeur. Il se voit en regardant le bout, ou avec une règle posée en travers. C’est le défaut des planches larges sciées sur dosse
dosse — Planche sciée tangentiellement aux cernes : beau dessin en flammes, mais elle bouge (tuile) davantage. Glossaire →.Une planche étroite tuile peu. Pour une pièce large et bien visible, une assise ou un plateau, choisis une planche plate, ou du lamellé-collé, qui ne tuile presque pas.
4Gauchissement : la planche vrille, elle bascule sur deux coins (exagéré)
Le gauchissement
gauchissement — Déformation d’une planche qui vrille sur sa longueur : posée à plat, elle repose sur deux coins opposés et bascule. Glossaire → : la planche vrille sur sa longueur. Posée à plat, elle repose sur deux coins opposés et bascule quand on appuie sur les deux autres. On le voit aussi en posant deux règles en travers aux deux bouts : regardées en enfilade, elles ne sont pas parallèles.C’est le pire des défauts : sans machines, on ne le rattrape pas. Écarte la planche.
5Les nœuds : sains, ou noirs et prêts à tomber
Les nœuds
nœud — Trace d’une branche dans le bois. Sain, il fait corps avec le bois ; noir (mort), entouré d’un cerne sombre, il finit par tomber. Glossaire → sont la trace des branches. Un nœud sain, de la couleur du bois ou un peu plus foncé, fait corps avec lui : il ne pose pas de problème, sauf à l’endroit d’un assemblage, d’une vis ou d’un perçage, où le fil dévie et le bois devient dur et cassant.Un nœud noir, entouré d’un cerne sombre, est un nœud mort : il finit par tomber en laissant un trou. Place-le dans une chute. Et évite les nœuds près d’une rive dans les pièces qui travaillent, comme les pieds et les traverses : ils les affaiblissent.
6Fente en bout : compte cette longueur comme perdue
La fente
fente — Fissure qui suit le fil, le plus souvent à partir d’un bout de planche qui a séché trop vite. Elle s’ouvre encore avec le temps. Glossaire → en bout suit le fil, à partir d’un bout qui a séché trop vite. Compte toute sa longueur comme perdue, plus 50 mm : elle se prolonge souvent sous la surface, et elle s’ouvrira encore.Les gerces, de fines fissures en surface, sont de la même famille : légères, elles partent au ponçage ; profondes, elles se traitent comme une fente.
7Flache : l’arête manque, c’était le bord du tronc
La flache
flache — Arête d’une planche où il manque du bois, parfois avec un reste d’écorce, parce qu’elle a été sciée au bord du tronc. Glossaire → : une arête qui manque, parfois avec un reste d’écorce, parce que la planche a été sciée au bord du tronc. Elle n’affaiblit pas beaucoup la pièce, mais elle se voit et elle ne donne aucun appui : place-la dans une chute.
Au magasin
- Prends ton temps et fouille la pile : les belles planches sont rarement sur le dessus. Remets la pile en ordre en partant.
- Pour chaque planche : vise les chants, regarde les deux bouts, pose-la à plat sur le sol et appuie sur les coins.
- Regarde les bouts pour choisir : à prix égal, une planche dont les cernes sont presque debout, sur quartier
quartier — Planche sciée perpendiculairement aux cernes : très stable, elle bouge peu. Glossaire →, restera plus stable qu’une planche aux cernes couchés. - Prends tout dans le même lot, pour que la teinte soit la même sur tout le meuble.
Calculer ce qu’il faut acheter
Chaque projet de ce manuel donne sa liste de débit
débit — Action de découper le bois aux dimensions des pièces ; par extension, la liste de ces pièces. Glossaire → : toutes les pièces, avec leur longueur (dans le sens du fil), leur largeur et leur épaisseur. Pour en faire une liste d’achats :
- Regroupe les pièces par section : toutes celles de même épaisseur et de même largeur viendront du même tasseau, du même chevron ou de la même planche.
- Place les longueurs bout à bout dans les longueurs du commerce. Compte 3 mm par trait de scie
trait de scie — Largeur de bois transformée en sciure par la lame (2 à 3 mm à la scie circulaire). Glossaire →, et 20 à 30 mm à chaque bout de la planche, souvent abîmés, fendus ou pas d’équerre. C’est le plan de débit, comme ceux des projets. - Ajoute une marge : une planche de plus, ou 10 à 15 % du total, pour un défaut à écarter, une coupe ratée, une chute pour régler la machine.
Par exemple, quatre pieds de 450 mm demandent 4 × 450 + 3 × 3 + 2 × 25 ≈ 1 860 mm : un tasseau de 2 m suffit, juste. Avec la marge, on en prend deux, ou un de 2,40 m.
Les prix s’affichent au mètre linéaire pour les tasseaux et les planches, au mètre carré ou à la plaque pour les panneaux, et souvent au mètre cube chez le négociant. Pour comparer : une planche de 27 × 145 mm de 3 m fait 0,027 × 0,145 × 3 = 0,0117 m³ ; à 700 € le m³, elle coûte environ 8,20 €.
Transporter
Une planche de 2,40 m entre rarement dans une petite voiture. Fais recouper les grandes longueurs au magasin, en gardant de la marge sur tes cotes, ou fais livrer. Transporte les panneaux à plat ou bien calés, à l’abri de la pluie : un panneau qui a pris l’eau se déforme et ses chants gonflent.
Ranger le bois à l’atelier
Le bois qu’on stocke mal se déforme avant même d’avoir servi. La bonne façon :
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- À plat, sur des appuis tous les 40 cm environ, loin du sol et d’un mur humide.
- Des baguettes entre les lits de planches, des tasseaux de 20 mm par exemple, à l’aplomb des appuis : l’air circule, et rien ne fléchit entre deux appuis. Un poids sur le dessus limite les déformations.
- Debout contre un mur, c’est possible pour quelques jours, les planches presque verticales : penchées, elles finissent par se cintrer.
- Les panneaux à plat sur des tasseaux, ou debout sur leur chant, bien calés à la verticale.
- Laisse le bois s’acclimater une à deux semaines dans l’atelier avant de le couper, comme expliqué au chapitre précédent.
- Garde les chutes utiles dans un bac : elles feront des cales, des taquets, des pièces d’essai pour régler une machine.

tasseau — Baguette de bois de petite section, carrée ou rectangulaire, de 20 à 45 mm de côté environ.
flèche — Courbure d’une planche sur sa longueur : de face, elle se cintre comme un arc ; de rive, c’est son chant qui n’est plus droit.
tuilage — Déformation d’une planche qui se creuse en largeur, comme une tuile, en séchant.
dosse — Planche sciée tangentiellement aux cernes : beau dessin en flammes, mais elle bouge (tuile) davantage.
gauchissement — Déformation d’une planche qui vrille sur sa longueur : posée à plat, elle repose sur deux coins opposés et bascule.
nœud — Trace d’une branche dans le bois. Sain, il fait corps avec le bois ; noir (mort), entouré d’un cerne sombre, il finit par tomber.
fente — Fissure qui suit le fil, le plus souvent à partir d’un bout de planche qui a séché trop vite. Elle s’ouvre encore avec le temps.
flache — Arête d’une planche où il manque du bois, parfois avec un reste d’écorce, parce qu’elle a été sciée au bord du tronc.
quartier — Planche sciée perpendiculairement aux cernes : très stable, elle bouge peu.
trait de scie — Largeur de bois transformée en sciure par la lame (2 à 3 mm à la scie circulaire).